Là! c'est de la Musique Coups de Cœur # 1 Susana Baca

Quelle plus belle façon d'entamer cette série de coups de cœur du blog de Là! c'est de la Musique, qu'en compagnie de la voix de Susana Baca, porte-parole de la chanson afro-péruvienne depuis cinquante ans. Révélée au grand public en 1995 grâce à une compilation The Soul of Black Peru sur le label Luaka Bop fondé par David Byrne.

Susana Baca issue d'un milieu populaire, est baignée par la musique et la danse dès son plus jeune âge. Son père chante et joue de la guitare, sa mère danse aussi bien le danzon ou le tango, que les danses populaires, telles la valse créole ou la zamacueca. Avec les voisins musiciens, elle découvre le cajón, le udu, le quijada (mâchoire d'âne), des instruments primitifs qu'utilisaient les esclaves, la guitare espagnole les accompagne, Susana, elle, chante. Après le cercle des proches, c'est dans des églises, des petits lieux qu'elle interprète des poèmes sur des répertoires musicaux afrodescendant, indiens ou les deux mélés. A la fin des années 60 Susana rencontre Chabuca Granda (1920-1983) icône de la chanson afro-péruvienne. « Elle habitait près de chez moi à Lima. Je l’entendais souvent chanter quand je passais devant son immeuble et je m’arrêtais pour l’écouter. Un jour, une amie linguiste m’a proposé de me la présenter. Chabuca Granda est devenue plus qu’une amie, un mentor, une véritable mère musicale. Je connaissais toutes ses chansons et l’assistais dans son travail. J’étais même la seule qu’elle acceptait lors de ses répétitions. » À l’époque Susana Baca sillonne le Pérou et collecte les musiques et les chants afro-péruvien méconnus avec son mari, le musicologue bolivien Ricardo Pereira, ce sont ces mélodies , mélangeant rythmes africains et danses indigènes, dont s’inspire Chabuca Granda. Par la suite, l’interprète de La flor de la canela, chanson reprise notamment par Caetano Veloso, écrira de nombreuses chansons pour Susana, telle La Herida Oscura ( la blessure profonde ), composée en l’honneur de la révolutionnaire péruvienne Micaela Bastida, que Susana Baca reprend aujourd’hui pour le bicentenaire de l’indépendance du Pérou, de cette ode à la chanson nommée Juana Azurduy, autre hymne contestataire de l’album, la révolution se fait au féminin. « Toutes deux sont des symboles de l’indépendance péruvienne, mais parce qu’elles étaient métisses, et qu’elles étaient des femmes, leur reconnaissance a été tardive. En célébrant ces nombreuses libératrices oubliées, je souhaite, au-delà du cri contestataire, rappeler ce qui doit unir le peuple péruvien : entre autres, du courage et de l’espoir. » Nommée à la Culture en 2011, son engagement politique ne se limite pas à ce mandat de quelques mois, en effet depuis ses premiers collectages ethnomusicologiques dans les communautés noires, l’artiste militante n’a cessé de combattre les discriminations raciales, culturelles et sexuelles, que ce soit en tant qu’ambassadrice de l’Unicef, au sein d'associations pour les enfants victimes de violences ou encore en participant à une commission de veille au respect du jeu démocratique lors des dernières élections présidentielles. « J’ai enregistré l’album Palabras Urgentes en 2018, au moment du plus gros scandale de corruption qu’a connu le pays. Les classes dirigeantes étaient massivement impliquées, y compris des juges ! Sur le tango de Cambalache, dont j’ai changé les paroles pour en faire une chanson contestataire, j’en appelle par exemple à l’honnêteté et à la transparence. En chantant, je veux susciter le débat. »

Avec son nouvel album, Palabras urgentes ( Vérités urgentes ), ce pilier de la culture afro-péruvienne célèbre ainsi deux cents ans d’indépendance du Pérou, mais aussi cinquante ans d’une carrière menée à la croisée de la poésie et de l'engagement politique.