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Le Blog


C'est en 2018 que "Là! c'est de la Musique” accueillait Shadi Fathi et Bijan Chemirani pour un concert inoubliable, les “happy few” s'en souviennent.

En mars 2020 Bijan rejoignait le projet de son frère, Keyvan Chemirani, intitulé “Hâl” (prononcer « Hol »), né autour d’un café et qui devait se jouer sur scène aux “Détours de Babel” à Grenoble, on connaît la suite, il faudra patienter un an et demi pour que "Hâl, le voyage amoureux" soit enfin présenté. Dans cette parenthèse imposée, un disque a été finalisé, tout près de chez lui, à Montreuil. Entre deux confinements, le percussionniste a abouti une démarche entamée à l’impromptu trois ans plus tôt sur la scène d’un autre festival, Métis. On ne présente plus Keyvan Chemirani, cofondateur du Trio Chemirani, mais surtout grand virtuose du zarb et plus largement incontournable expert des rythmes persans et méditerranéens. Après de nombreuses aventures musicales, sous son nom ou en collaboration (Kudsi Erguner, Serge Teyssot Gay, Jean-Marie Machado…), cet alchimiste et poète des sons propose un nouveau voyage familial en liberté. Le groupe imaginé et conçu autour de la voix de sa sœur Maryam Chemirani, chanteuse mais aussi infirmière, d’abord en Inde et au Bangladesh, puis dans les Alpes de Haute Provence, qui bien que très occupée par ces temps troublés, a pourtant décidé, sous l’impulsion de Keyvan, de revenir au chant.. Le groupe réuni aussi le flûtiste Sylvain Barou, inépuisable curieux à la liste impressionnante de projets et collaborations diverses, Bijan Chemirani au saz au zarb, aux percussions et Keyvan, à qui je laisse la parole.

"Jouer en famille, sur scène, a toujours été une expérience particulière. Comme une continuation naturelle de l’apprentissage de la vie et de la musique, comme un retour aux sources et aux racines. Dans la continuité de mes projets antérieurs (travail autour de la modalité indo-orientale, formation acoustique mettant en valeur l’ornementation, la richesse des carrures rythmiques, aller-retour entre le festif et le méditatif, place pour l’improvisation dans un canevas précis...), j’ai choisi de centrer Hâl autour de la voix de ma sœur Maryam Chemirani, dont la générosité, le timbre chaud et le charisme me touchent profondément et méritent à mon sens une exposition pleine et entière. Avec le merveilleux virtuose Sylvain Barou – dont on pourrait dire à son propos, comme Rumi le disait de la flûte ney en roseau, que « ce n’est pas de l’air qui sort de sa flûte, mais du feu ! » – et la délicate sensibilité de mon frère Bijan Chemirani sur le saz, et sa précision stupéfiante sur les percussions, nous disposons d’un écrin de luxe, tantôt soyeux, tantôt vif, enjoué et lumineux. Comme souvent aussi, le besoin d’ouvrir le monde de la modalité orientale s’impose comme une nécessité. [...] «Ma route est sur le chemin qu’a emprunté mon cœur» dit Saadi. Ce voyage constitué de compositions et de quelques morceaux traditionnels réarrangés (irlandais, turc, persans) est aussi un voyage amoureux, suivant la philosophie des mystiques persans, mettant l’amour en exergue comme philosophie de vie ! Et puissions-nous ensemble se rapprocher du hâl, cet état extatique à la fois d’éveil et d’oubli de soi, que l’on recherche dans les musiques savantes orientales !"


Keyvan Chemirani

“Le hâl" est l’état de conscience dans lequel on s’oublie soi-même. Une ivresse spirituelle qui fait s’entrelacer la perception de l’extérieur et la conscience de son cheminement intérieur – une sorte de transe du dedans qui, selon les vieux auteurs persans, est l’idéal du musicien comme l’idéal de l’auditeur. “

L'album “Hâl, Ballades amoureuses” a été publié en septembre 2021sur le label indépendant de musique classique Alpha Classics et, précision utile pour les avignonnais(es), il figure dans les rayons de la médiathèque Ceccano..

Alors bonne écoute en état de "hâl"...

BD °)





Soapkills est un groupe de trip-hop libanais né à Beyrouth en 1997 de la rencontre entre Zeid Hamdan et Yasmine Hamdan, qui malgré leur homonymie ne partagent aucun lien de parenté.. Le groupe, un des premiers du Moyen-Orient à avoir flirté avec la musique électronique, puise ses inspirations aussi bien dans le trip-hop anglais (Portishead, Massive Attack, Tricky..) que dans la musique arabe classique (Oum Kalthoum, Asmahan, Mohammed Abdel Wahab..). Après leurs débuts sur la scène musicale locale, où Zeid distille des arrangements trip-hop tandis que Yasmine assure, en anglais puis en arabe, les envolées du chant, Soapkills est rapidement repéré par la chaîne libanaise MTV.

L'approche novatrice de Soapkills en fait une influence durable de la musique underground à travers le monde arabe.. mais déroute les radios libanaises! Après 8 ans d'existence et 3 albums passionnants : "Bater" (1999), "Cheftak" (2001), "Enta Fen" (2005), le groupe splite en 2005.


Yasmine Hamdan collabore alors au projet de Mirwais (ex Taxi Girl) Y.A.S. - Arabology, elle publie ensuite son premier album solo en collaboration avec Marc Collin (Nouvelle Vague) qui sortira en 2013 en version internationale sur le label belge Crammed Discs sous le titre “Ya Nass”, on la voit la même année interpréter “Hal”, un titre inédit, dans le film de Jim Jarmush “Only Lovers Left Alive” sélectionné à Cannes et dont je ne saurais trop vous recommander l'excellente B.O..


Zeid Hamdan quand à lui continuera sa carrière au Liban où il est désormais une des figures centrales de la scène underground beyrouthine. En 2004 il est l'un des membres fondateurs du groupe The New Government, mix de rock indie et de post punk teintés de réminiscence 70s. Le groupe réalise son premier album en 2006 sur le label libanais Mooz Records, malheureusement la guerre interrompt le projet, dans l'urgence le groupe réalise un EP en quatre heures au studio Tunefork à Beyrouth en 2007, puis en 2008, réduit à un trio, le groupe tourne entre Paris et Beyrouth durant deux ans (La flêche d'or, Glazart, Le Baron..).

Parallèlement Zeid Hamdan se consacre à de multiples projets, Zeid and The Wings pour lequel il recrute par annonce deux choristes Yasmeen Ayyashi et Sara Barrage, combo ensuite étoffé par les talents d'invités tel Bashir Saade joueur de ney et Rita Okais claviériste, plus tard Marc Codsi, le guitariste du duo Lumi les rejoint, ajoutant aux incomparables titres de Zeid sa touche personnelle unique. Enfin Gihan El-Hage une troisième voix, rejoindra la formation au printemps 2010.

Leur premier single “Général Suleiman”, un reggae un peu moqueur, clamant innocemment le désir de sortir de la guerre et suggérant au généralissime de rentrer chez lui, vaudra à Zeid une convocation au ministère de l'intérieur alerté par la sécurité nationale libanaise.. au bout de 4 jours d'interrogatoires serrés, un procureur lui signifie qu'il encourt deux ans de prison pour avoir insulté le chef d'état dans une chanson.. no comment. Toujours en 2010, Zeid rencontre la songwritrice et chanteuse égyptienne Maii Waleed, le duo Maii & Zeid est né et sort un premier EP “Kalam El Leil" en 2014, suivi d'une collaboration à la bande originale d'une comédie romantique saoudienne " Barakah Meets barakah ", avant un nouveau EP en 2017 intitulé "Ehdefni”.

Les prestations scéniques du duo, en Égypte, au Liban ou en Jordanie, soulignent les univers musicaux et les générations distincts dont sont issus Maii, sa voix, sa guitare.. et Zeid, son électro, ses synthés.. pour un éclectisme habité où le charme opère. Zeid Hamdan est aussi producteur de multiples projets que vous pourrez retrouver au complet sur son site www.lebaneseunderground.com .. et sur lequel vous pourrez aussi découvrir son dernier projet : Bedouin Burger avec la chanteuse Lynn Adib, projet dont j'aurais, sans aucun doute aucun, matière à longuement vous parler avant l'édition 2022.. Là ! c'est de la Musique!

BD ;)






Dernière mise à jour : 15 févr.


Quelle plus belle façon d'entamer cette série de coups de cœur du blog de Là! c'est de la Musique, qu'en compagnie de la voix de Susana Baca, porte-parole de la chanson afro-péruvienne depuis cinquante ans. Révélée au grand public en 1995 grâce à une compilation The Soul of Black Peru sur le label Luaka Bop fondé par David Byrne.

Susana Baca issue d'un milieu populaire, est baignée par la musique et la danse dès son plus jeune âge. Son père chante et joue de la guitare, sa mère danse aussi bien le danzon ou le tango, que les danses populaires, telles la valse créole ou la zamacueca. Avec les voisins musiciens, elle découvre le cajón, le udu, le quijada (mâchoire d'âne), des instruments primitifs qu'utilisaient les esclaves, la guitare espagnole les accompagne, Susana, elle, chante. Après le cercle des proches, c'est dans des églises, des petits lieux qu'elle interprète des poèmes sur des répertoires musicaux afrodescendant, indiens ou les deux mélés. A la fin des années 60 Susana rencontre Chabuca Granda (1920-1983) icône de la chanson afro-péruvienne. « Elle habitait près de chez moi à Lima. Je l’entendais souvent chanter quand je passais devant son immeuble et je m’arrêtais pour l’écouter. Un jour, une amie linguiste m’a proposé de me la présenter. Chabuca Granda est devenue plus qu’une amie, un mentor, une véritable mère musicale. Je connaissais toutes ses chansons et l’assistais dans son travail. J’étais même la seule qu’elle acceptait lors de ses répétitions. » À l’époque Susana Baca sillonne le Pérou et collecte les musiques et les chants afro-péruvien méconnus avec son mari, le musicologue bolivien Ricardo Pereira, ce sont ces mélodies , mélangeant rythmes africains et danses indigènes, dont s’inspire Chabuca Granda. Par la suite, l’interprète de La flor de la canela, chanson reprise notamment par Caetano Veloso, écrira de nombreuses chansons pour Susana, telle La Herida Oscura ( la blessure profonde ), composée en l’honneur de la révolutionnaire péruvienne Micaela Bastida, que Susana Baca reprend aujourd’hui pour le bicentenaire de l’indépendance du Pérou, de cette ode à la chanson nommée Juana Azurduy, autre hymne contestataire de l’album, la révolution se fait au féminin. « Toutes deux sont des symboles de l’indépendance péruvienne, mais parce qu’elles étaient métisses, et qu’elles étaient des femmes, leur reconnaissance a été tardive. En célébrant ces nombreuses libératrices oubliées, je souhaite, au-delà du cri contestataire, rappeler ce qui doit unir le peuple péruvien : entre autres, du courage et de l’espoir. » Nommée à la Culture en 2011, son engagement politique ne se limite pas à ce mandat de quelques mois, en effet depuis ses premiers collectages ethnomusicologiques dans les communautés noires, l’artiste militante n’a cessé de combattre les discriminations raciales, culturelles et sexuelles, que ce soit en tant qu’ambassadrice de l’Unicef, au sein d'associations pour les enfants victimes de violences ou encore en participant à une commission de veille au respect du jeu démocratique lors des dernières élections présidentielles. « J’ai enregistré l’album Palabras Urgentes en 2018, au moment du plus gros scandale de corruption qu’a connu le pays. Les classes dirigeantes étaient massivement impliquées, y compris des juges ! Sur le tango de Cambalache, dont j’ai changé les paroles pour en faire une chanson contestataire, j’en appelle par exemple à l’honnêteté et à la transparence. En chantant, je veux susciter le débat. »

Avec son nouvel album, Palabras urgentes ( Vérités urgentes ), ce pilier de la culture afro-péruvienne célèbre ainsi deux cents ans d’indépendance du Pérou, mais aussi cinquante ans d’une carrière menée à la croisée de la poésie et de l'engagement politique.